Indonésie : le numérique profite d’abord aux travailleurs les plus qualifiés
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Indonésie : le numérique profite d’abord aux travailleurs les plus qualifiés

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Une étude acceptée, mais encore impossible à expertiser en détail

Un article intitulé « The promise and peril of digital technology: evidence from digital skill polarization in Indonesia », signé Virgi Sari et A. Rahmawati, a été accepté dans Humanities and Social Sciences Communications, revue à comité de lecture du groupe Nature. Le portail de recherche de l’université de Bath situe cette acceptation en août 2026.

Cette information ne suffit toutefois pas à valider les résultats précis de l’étude. Les éléments disponibles dans le dossier ne permettent de vérifier ni la population étudiée, ni la période couverte, ni la taille de l’échantillon, ni les indicateurs employés pour mesurer les compétences et leur polarisation. Ils ne permettent pas davantage de savoir si les auteurs identifient un effet causal de l’accès au numérique ou seulement une association statistique.

Le titre de l’article indique donc une orientation de recherche, non une preuve autosuffisante. Toute donnée chiffrée attribuée à cette étude doit rester en attente tant que son texte intégral et sa méthode ne peuvent pas être examinés. Le sujet n’en est pas moins solide : plusieurs travaux antérieurs concluent déjà que les bénéfices de la numérisation indonésienne se concentrent parmi les travailleurs instruits, urbains et connectés.

Internet accroît la prime aux diplômés

Le rapport Beyond Unicorns, publié en 2021 par la Banque mondiale, fournit l’un des résultats les plus significatifs. Dans un district indonésien, une hausse de 10 points de pourcentage de la proportion de ménages disposant d’internet à domicile est associée, en moyenne, à une augmentation de 6 points de la prime salariale des diplômés de l’université. L’écart de rémunération entre travailleurs qualifiés et non qualifiés s’accroît donc avec la pénétration d’internet.

Ce résultat ne signifie pas nécessairement que la connexion fait baisser le salaire des moins qualifiés. Il indique que les diplômés captent davantage les gains associés au numérique. L’accès technique peut ainsi augmenter la valeur de compétences déjà acquises, sans donner automatiquement aux autres travailleurs les moyens d’en bénéficier.

Une analyse publiée en 2024 par l’ISEAS – Yusof Ishak Institute aboutit à une conclusion convergente. Sur la période 2005-2019, la transformation numérique indonésienne apparaît « intensive en compétences » : les gains salariaux associés à la progression d’internet sont systématiquement plus élevés pour les travailleurs les plus instruits. Il s’agit d’une analyse institutionnelle, distincte d’un essai expérimental ; elle renforce le constat de polarisation sans démontrer, à elle seule, tous les mécanismes qui le produisent.

Moins de 1 % de compétences numériques avancées

Le problème ne se limite pas aux salaires. Une étude évaluée par les pairs sur les besoins de la main-d’œuvre indonésienne estime que moins de 1 % des travailleurs disposent de compétences numériques avancées, tandis qu’environ 50 % seulement possèdent des compétences de base ou intermédiaires. Un article paru en 2025 dans Kolaborasi: Jurnal Administrasi Publik reprend ces ordres de grandeur et souligne le risque d’un élargissement de l’écart entre travailleurs très instruits et moins instruits.

Ces chiffres doivent être interprétés avec précaution. Ils proviennent de synthèses de données gouvernementales et d’analyses prospectives de l’offre et de la demande, et non d’un test exhaustif administré à toute la population active. Ils décrivent néanmoins un déséquilibre majeur : le développement de l’économie numérique intervient alors que les compétences avancées restent extrêmement rares.

Le diagnostic du SMERU Research Institute, qui n’est pas une publication évaluée par les pairs, aide à comprendre les obstacles. Pour les ménages des quintiles de revenu inférieurs, le coût de la connexion limite l’accès à internet et, par conséquent, les occasions d’acquérir des compétences. Le rapport relève également de fortes disparités entre villes et campagnes ainsi qu’entre provinces.

Des travaux publiés en 2018 sur la fracture rurale-urbaine ajoutent que l’accès matériel ne suffit pas. Le revenu du ménage, le niveau d’éducation, le temps disponible, les réseaux sociaux susceptibles d’encourager les usages et la motivation participent tous à la constitution d’un capital numérique. Un autre rapport statistique consacré aux provinces indonésiennes associe les écarts de compétences au PIB régional par habitant, au salaire moyen, à la part des emplois formels et à la structure de la population active. Ces résultats sont surtout observationnels : ils identifient des facteurs liés aux inégalités, sans toujours isoler leur effet propre.

Les écoles connectées sont associées à un moindre déficit

Une étude publiée en 2026 dans Sustainability compare, selon les régions, l’offre et la demande de compétences numériques de base, intermédiaires et avancées. Dans la plupart des régions, la demande dépasse l’offre aux trois niveaux. La couverture internet des écoles est par ailleurs négativement associée à ce décalage : plus la proportion d’établissements connectés est élevée, plus le déficit régional de compétences tend à être faible.

Ce résultat est pertinent pour les politiques éducatives, mais il ne démontre pas que la connexion des écoles réduit directement les inégalités. L’analyse porte sur des données régionales. Les territoires qui connectent davantage leurs établissements peuvent aussi être plus riches, mieux administrés ou dotés d’un marché du travail plus dynamique. Il est également impossible d’en déduire que chaque élève connecté améliore effectivement ses compétences.

La conclusion raisonnable est plus limitée : la couverture scolaire constitue un facteur associé à un meilleur équilibre territorial des compétences et mérite d’être étudiée comme levier potentiel. Elle ne permet pas d’opposer mécaniquement une connexion domestique qui creuserait les écarts à une connexion scolaire qui les corrigerait.

Au Royaume-Uni, des standards surtout techniques

Les standards numériques publiés en 2022 par le Department for Education britannique offrent un contrepoint utile. Six priorités doivent être travaillées à l’horizon 2030 : accès internet haut débit, réseaux sans fil, commutateurs réseau, leadership et gouvernance numériques, filtrage et surveillance des usages, cybersécurité.

La guidance précise aussi les caractéristiques des équipements destinés aux élèves et aux enseignants, les conditions de renouvellement, le câblage en cuivre de catégorie 6A, la fibre OM4, les serveurs, le stockage et les solutions en nuage. Elle prévoit notamment des pare-feu correctement configurés, des mises à jour au moins trimestrielles, une protection centralisée contre les logiciels malveillants, un suivi des incidents ainsi que des responsabilités clairement attribuées. L’accessibilité des contenus et services numériques fait également partie des exigences.

Ces standards ne se réduisent donc pas aux « tuyaux » : ils couvrent aussi la sécurité, l’accessibilité et le pilotage. Ils restent néanmoins centrés sur les conditions techniques et organisationnelles. Les sources disponibles ne fournissent pas d’évaluation indépendante démontrant leurs effets sur les apprentissages ou sur les inégalités entre élèves. Le service « Plan technology for your school » est un outil d’auto-évaluation et de recommandation locale, non un dispositif de mesure d’impact.

Une consultation gouvernementale indique que 72 % des établissements répondants déclarent déjà respecter quatre standards ou pensent pouvoir les atteindre d’ici 2030. Ce chiffre ne signifie pas que 72 % satisfont l’ensemble des exigences. Dans l’enquête Technology in Schools Survey 2024-2025, 25 % des responsables informatiques connaissant les standards estiment que leur établissement les respecte tous, contre 16 % en 2023 ; 46 % déclarent en respecter certains, mais pas tous. Ces données reposent sur des déclarations d’équipes informatiques et ne mesurent ni les compétences des élèves ni leurs résultats scolaires.

Ce que les équipes éducatives peuvent en retenir

Le dossier invite d’abord à séparer quatre niveaux souvent confondus : l’accès au réseau, les usages, les compétences acquises et les effets sur les apprentissages. Un tableau de bord limité au débit, au nombre d’appareils ou au taux de connexion ne renseigne que le premier niveau.

Il faut ensuite suivre la distribution des bénéfices. Une moyenne d’usage peut progresser alors que les élèves déjà autonomes avancent davantage que les autres. Les évaluations devraient donc distinguer les résultats selon les conditions d’accès hors de l’école, le niveau initial de compétence et les besoins d’accompagnement.

Enfin, toute activité numérique prescrite devrait prévoir les conditions de sa réalisation : temps en classe, matériel disponible, soutien pédagogique et solution pour les élèves qui ne disposent pas d’une connexion fiable à domicile. Les recherches indonésiennes ne prouvent pas qu’une méthode précise fonctionnerait dans tous les pays. Elles établissent en revanche un point essentiel : diffuser une technologie ne répartit pas automatiquement la capacité de s’en servir. Sans enseignement explicite et sans observation des écarts, le numérique tend à récompenser d’abord les compétences et les ressources déjà présentes.

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